2) « LE DESTIN CLANDESTIN » par Pierre PONCE et Raymond PILATE

Quatrième chapitre : LA DECHARGE

 

Le bus avait fini par arriver, il était jaune citron et rempli d'hommes d'affaires chinois. Ils parlaient fort et prenaient des notes et des photos de différents sites sur le bord de la route.
Parulie finit par comprendre que les asiatiques ne faisaient pas du tourisme, ils étaient venus racheter pour une poignée de riz les entreprises locales ruinées par les exportations massives et bon marché.
En effet, devant l'arrivée de marchandises clinquantes et de produits dérivés par les courants chauds du commerce mondial, devant cet afflux vertigineux à côté duquel le débarquement du 06-06-1944 ressemble à un pique-nique, toute l'économie locale s'est effondrée.
En circulant à travers les kilomètres de friches industrielles, nos hommes d'affaires guettaient les innombrables panneaux annonçant les faillites d'entreprises, ils demandaient alors d'arrêter le car et descendaient planter un drapeau rouge devant les locaux, symbole de la victoire du capitalisme socialiste.
Après un bref toast, un discret cri de victoire et les salutations d'usage, ils remontaient dans le véhicule. Maintenant ils longeaient un vaste espace plane, envahi de fumées âcres où des silhouettes grises avancaient lentement en grattant le sol.
« &£*=+-,?3 µ§ ! » s'écria soudain le chef de la délégation.
« Voilà les nouveaux pauvres! » traduisit un jeune mandarin francophone dont les yeux bridés clignotaient quand ils se posaient sur Parulie et son corsage à fleurs (où son corps sage affleure).
La jeune fille navet jamais regardé la télévision sinon ce triste tableau lui serait plus familier car le spectacle de la misère des autres reste un des principaux ingrédients de la purée audiovisuelle ( avec la météo et les incroyables exploits de la gendarmerie).
D'habitude les images de la détresse et du dénuement nous venaient d'ailleurs, du sud principalement, Manille* , Lagos ou Rio de Janeiro par exemple; nous étions du «bon côté» de la barrière, celui de ceux qui regardent. Ces montagnes de déchets puants et la foule loqueteuse qui survit dessus et qui vit dedans avaient le charme suspect de l'exotisme et du dépaysement, maintenant nous avons les mêmes ( à ne pas confondre cependant avec les terrils qui sont noirs et inhabités).
On pourra noter quelques différences cependant, grâce au climat il y a moins de mouches (mais plus de mouettes rieuses) et les poubelles de nos pays riches sont plus abondantes et plus riches, pour l'instant.

* Manille : Métropole du sud, célèbre pour ses jeunes, ses trottoirs, son jeu de cartes apprècié de la pègre et ses célèbres «guérisseurs à mains nues» qui ont su se passer de la technologie médicale moderne
(ils n'avaient pas le choix ! -Note de Ta Mouille- ).

 

 

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