2) « LE DESTIN CLANDESTIN » par Pierre PONCE et Raymond PILATE

Vingtième chapitre : LE TROTTOIR

 

Après la stupide disparition de ses deux princes channants (voir chapitre précédent), Parulie n'avait plus que ses beaux yeux pour pleurer.
Sans amis, sans famille, sans argent et sans Pellegrino*, l'avenir était bien sombre. Cependant l'agitation qui rêgnait à ce carrefour isolé et désolé de la couronne péri-urbaine attira son attention. Afin de comprendre ce qui pouvait bien s 'y passer, elle s'approcha discrètement.
Des éclats de voix féminines lui parvenaient, différentes langues et accents se mélangeaient, slaves ou finno-ougriens principalement.
Du haut du talus, elle pût voir , dans la lueur orangée de l'éclairage péri-urbain, une rangée de très jeunes filles fort légèrement vêtues malgré la fraîcheur automnale.
Elles parlaient fort et s'agitaient, découvrant l'une un sein aguicheur et pointu, l'autre une cuisse majestueuse, une autre encore relevant lestement sa mini-jupe nous découvrait, dans le halo jaunâtre des phares à iode, l'origine du monde. Quelquefois, une voiture ralentissait, s'arrêtait, la portière s'ouvrait, une des filles montait et la voiture repartait avant de revenir quelques minutes plus tard redéposer la demoiselle. Parulie n'était pas née de la dernière pluie, elle comprit que ses consoeurs pratiquaient ce que l'on appelle pudiquement de plus vieux métier du monde» , c'est à dire la prostitution.
Et elle se dit :
« Pourquoi pas moi, au point où j' en suis. ..»
Et courageusement, Parulie vint prendre sa place dans la longue file des filles offertes.
Ce fût très rapidement un vrai bordel, l'extraordinaire beauté de la donzelle provoqua rapidement un embouteillage monstre, les hommes, sortant de leurs voitures commencèrent à se battre pour savoir qui l'avait vu le premier, les autres prostituées, dépitées de se voir privées de clients se mirent à lui jeter des pierres et protestèrent auprès de leurs «maquereaux-protecteurs*» qui allèrent se plaindre à la police qui arriva de suite et rétablit l'ordre, le droit au travail et la liberté du commerce, comme c'est son devoir.
« Je ne peux même pas faire la putain ! » enrageait Parulie en donnant des coups de pied dans une petite boite en fer, le long de la ligne de chemin de fer à Friser*.

* Pellegrino : Jeu de mots minéral et intraduisible.

* Maquereaux-protecteurs : A ne pas confondre avec les macro-protecteurs, bien plus gros et plus courageux.

* Friser : Commune très commune, uniquement peuplée de coiffeurs à la retraite..

 

 

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